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	<title>Jordan Pouille</title>
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	<pubDate>Fri, 12 Feb 2010 20:00:54 +0000</pubDate>
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		<title>Des nouvelles du front</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Oct 2009 22:22:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jordan</dc:creator>
		
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		<title>&#8220;J&#8217;ai juste besoin d&#8217;un échantillon&#8221;</title>
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		<pubDate>Fri, 24 Jul 2009 15:57:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jordan</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[24/07. Depuis cette histoire de poudre blanche nocive dans les chaussures Etam l&#8217;hiver dernier, de peinture toxique sur les poupées Barbie, je me suis souvent demandé à quoi ressemblait l&#8217;intérieur de ces usines chinoises, ces ateliers de couture d&#8217;où proviennent mon pyjama Monop&#8217;, votre t-shirt H&#38;M made in China (&#8230;).

Pour un reportage magazine, le mois [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>24/07. Depuis cette histoire de poudre blanche nocive dans les chaussures Etam l&#8217;hiver dernier, de peinture toxique sur les poupées Barbie, je me suis souvent demandé à quoi ressemblait l&#8217;intérieur de ces usines chinoises, ces ateliers de couture d&#8217;où proviennent mon pyjama Monop&#8217;, votre t-shirt H&amp;M made in China <a href="http://jordanpouille.com/2009/07/usine-dongguan/">(&#8230;)</a>.</p>
<p><span id="more-646"></span></p>
<p>Pour un reportage magazine, le mois dernier, je suis parti à Canton dans le sud de la Chine. Il y était question de comprendre comment la crise affectait les différents couches de la société dans une région dédiée à l&#8217;exportation et donc si dépendante de l&#8217;étranger. Est ce que le plan de relance chinois est effectif? Est ce que l&#8217;économie evolue? Dans quel sens? Au profit des &#8220;sacrifiés&#8221; de la crise? Est ce que la production s&#8217;oriente vers le marché domestique? Paroles, paroles. Depuis la crise, produire en Chine est encore moins cher. Les fournisseurs offrent désormais des rabais sur des petites commandes, intéressant dans la foulée les P.M.E occidentales et les clients africains.</p>
<p>Avec un camarade fixeur, parmi une foule d&#8217;étapes à travers toute la province du Guangdong, nous avons fait une halte à DongGuan, la capitale chinoise de la chaussure d&#8217;où proviennent 90% des paires exportées. Nike y est installé mais finalement toutes les griffes étrangères, parfois mêmes luxueuses. Pouvait-on se présenter simplement devant une usine? Pas évident. Derrière les grilles des batiments loués au gouvernement local, les vigiles vous regardent intrigués. Une intrusion spontanée semble ne pas faire partie du protocole.</p>
<p>Une idée. Dans quelques jours s&#8217;ouvre une gigantesque foire à la chaussure à DongGuan où fabriquants et clients potentiels sont censés se retrouver aux frais de la princesse; la mairie de Dongguan dont la place serait plus grande que celle de Tiananmen, d&#8217;après le chauffeur de taxi, paie les repas et l&#8217;hôtel. Il faut dire que la production a chuté de 30% et les chantiers des nouveaux hotels de luxe sont tous stoppés: désormais tout est tenté pour relancer la machine. Sans surprise, les organisateurs de cette foire sont hong kongais comme la plupart des patrons d&#8217;usines de la ville. Ce sont eux qu&#8217;il faut joindre et convaincre de nous faire pénétrer dans les usines. Après une demi-heure de palabres, mon interlocutrice à Hongkong est prête à convaincre un directeur d&#8217;usine de Dongguan de répondre à mes questions. Il m&#8217;appelle. L&#8217;homme est courtois mais pressé. Il est à l&#8217;aéroport de Shanghai, sur le point d&#8217;embarquer pour New-York où l&#8217;attend un procès pour une histoire d&#8217;usurpation de marque. Il produit des pantoufles &#8220;de grande qualité&#8221; pour l&#8217;Angleterre et les Etats-Unis. Il semble très décontracté, il en a sûrement vu d&#8217;autres. Au terme de cette discussion, il faut maintenant le convaincre de nous laisser entrer dans son usine, située dans la zone industrielle numéro 3 de cette ville-usine grande comme Paris. &#8220;Vous savez, ce n&#8217;est pas si beau à l&#8217;intérieur&#8221; précise le patron. &#8220;Mais nous allons juste jeter un oeil&#8221;. A travers le téléphone, j&#8217;entends un appel au haut-parleur pour l&#8217;embarquement immédiat. Notre patron accepte, donne le numéro de son assistant présent à l&#8217;usine et s&#8217;excuse.</p>
<p>Deux heures plus tard, un 4&#215;4 rutilant nous attend devant la gare des bus de DongGuan. Le conducteur est le monsieur sécurité de l&#8217;usine. Je demande: &#8220;plutôt la sécurité des produits, des ouvriers ou du bâtiment?&#8221; Un peu de tout en même temps. L&#8217;homme est fier de nous montrer cinq bergers allemands qui rôdent dans la cour. &#8220;On les nourrit uniquement à la viande fraiche&#8221;. Un vieux panier de basket rouillé est planté sur le goudron, dans la cour. Toute menue et souriante, une jeune femme nous accueille. La température est très élevée, 38 degrés et les ateliers ne sont ni ventilés ni climatisés. Les dortoirs derrière sont dégueulasses&#8230; aux antipodes du &#8220;showroom&#8221; du premier étage où sont alignés comme autant de trophées des centaines de paires de pantoufles différentes. Nous allons rester plusieurs heures, totalement libres de nos mouvements. Comble du zèle, un chef demandera à ses ouvriers de ne pas prendre de pause pour les besoins du photographe. Je m&#8217;empresse de dire que ce n&#8217;est pas la peine: les travailleurs, tous jeunes, ont déjà fort à faire. La journée démarre à 7h et s&#8217;achève à 21h. Le travail est à la chaîne, alienant, sans aucune possibilité de rotation de poste. Mais à la clé, des dizaines de milliers de pantoufles colorées, achetées 5 dollars selon le client britannique, vendues à 1 dollar et des poussières d&#8217;après plusieurs travailleurs de  l&#8217;usine. Evidemment, personne ne sera en mesure de fournir des documents. Le client britannique n&#8217;a pas envie d&#8217;une mauvaise publicité, du genre &#8220;Plongée dans le sweatshop de couturier british&#8221; . J&#8217;apprendrai qu&#8217;il a envoyé un cabinet d&#8217;audit deux jours après ma visite.</p>
<p><a href="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/07/sample-01.jpg" rel="lightbox[646]"><img class="alignnone size-medium wp-image-650" title="sample-01" src="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/07/sample-01.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a></p>
<p>Alors allons voir chez les concurrents pour savoir quelle marge indécente il est désormais possible de faire en Chine. Et les concurrents ne manquent pas. Dong Guan est gorgé d&#8217;usines à chaussures, des rangées de bâtiments gris encerclés de forêt tropicale et de marécages. Sur la route cabossée, des camions bleus avec un container sur le dos qui crachent de la fumée noire. Si le porte à porte est à tester, j&#8217;ai découvert une méthode radicalement efficace pour démarcher les fournisseurs de la ville. Sur la toile chinoise, Il existe un site chinois, une sorte de facebook où je peux tchatter en direct avec la plupart des fournisseurs. Après l&#8217;ouverture rapide d&#8217;un compte gratuit, il suffit juste d&#8217;indiquer le type de produit qui m&#8217;interesse, la ville-usine et avec quel acteur de la chaine de production (fournisseur) je souhaite être mis en contact. Un clic sur &#8220;Search&#8221; et me voilà devant une palanquée de commerciaux de Dong Guan susceptibles de répondre à mes questions.  Une petite étoile verte m&#8217;indique si mes interlocuteurs sont en ligne. Il est 23h et 5 sur 12 candidats correspondant à mes attentes sont prêts à discuter. L&#8217;un travaille pour une usine qui fabrique des pantoufles en formes de personnages de bd: on clique. La discussion est très cordiale, le commercial flatte mes origines francaises et la longue amitié sino-française. Puis il me demande ce qu&#8217;il peut faire pour moi, me donne le lien vers son site, je lui demande des références, il me demande la quantité de produits que je souhaite avoir, si je suis d&#8217;accord pour un emballage plastique. Va pour 40 000 paires de pantoufles pour femmes, direction la France par container.</p>
<p><a href="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/07/sample-02.jpg" rel="lightbox[646]"><img class="alignnone size-medium wp-image-651" title="sample-02" src="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/07/sample-02.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a></p>
<p>Délai de production ? Prévoir 45 jours. Les salaires des ouvriers? Ceux en vigueur dans la région. Soit 770 rmb par mois d&#8217;après un circulaire d&#8217;avril 2008. J&#8217;ai été frappé par l&#8217;extrême facilité de pouvoir produire en Chine.</p>
<p>- &#8220;I just need a sample&#8221; (j&#8217;ai juste besoin d&#8217;un échantillon), m&#8217;ont répété les commerciaux.<br />
- &#8220;Mais je n&#8217;ai pas d&#8217;échantillon, juste quelques photos&#8221;.<br />
- &#8220;Alors pas de problème&#8221;.</p>
<p><a href="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/07/sample-03.jpg" rel="lightbox[646]"><img class="alignnone size-medium wp-image-652" title="sample-03" src="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/07/sample-03.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a></p>
<p>J&#8217;envoie plusieurs photos de pantoufles, de face, de profil, recto-verso. Toujours par internet, ils me demandent l&#8217;épaisseur de la semelle en caoutchouc, la qualité demandée. Je demande le moins cher. Après quelques minutes, la fenêtre de mon ordinateur clignote et ils sont en mesure de m&#8217;envoyer un devis. Le prix est édifiant. Je n&#8217;ose plus marchander, presque coupable d&#8217;avoir frappé à la porte du Made in China. Je répond par un courtois &#8220;je vais réfléchir&#8221;. L&#8217;usine s&#8217;occupe de la production et de l&#8217;acheminement jusqu&#8217;au port de Canton ou Shenzhen. Avec un supplément, ils me trouveront un &#8220;sourceur&#8221; occidental ou chinois capable de ramener la marchandise jusqu&#8217;à mon entrepôt français. Soit 2 euros la paire au final. Elle se retrouvera à 14 euros à la rentrée des classes.</p>
<p>A découvrir dans la rubrique &#8220;photos/editorial&#8221;, les photos de cette immersion dans l&#8217;usine de DongGuan. Deux photos de la série ont servi pour illustrer mon reportage publié cette semaine dans Marianne (N°639) sur les &#8220;sacrifiés de la crise&#8221; et qui s&#8217;intéresse aux lycées et étudiants chinois, aux paysans, aux ouvriers migrants et leurs familles, aux cols blancs, aux job-centers, aux patrons d&#8217;usines à travers un long périple.</p>
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		<title>Kaboul la rebelle: épisode 04</title>
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		<pubDate>Tue, 03 Feb 2009 16:56:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jordan</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Retour sur un reportage]]></category>

		<category><![CDATA[Site en construction]]></category>

		<category><![CDATA[afghanistan]]></category>

		<category><![CDATA[kaboul]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce matin, très tôt, nous quittons la base avec les parachutistes. Notre blindé nous ramène à Kaboul. A côté de moi, les jambes grelottantes d’un gars sorti par la trappe, les rangers sur le siège, les mains sur le gunner, le museau dehors… pour sécuriser le convoi. Le casque jusqu&#8217;aux yeux, il balaie mécaniquement du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ce matin, très tôt, nous quittons la base avec les parachutistes. Notre blindé nous ramène à Kaboul. A côté de moi, les jambes grelottantes d’un gars sorti par la trappe, les rangers sur le siège, les mains sur le gunner, le museau dehors… pour sécuriser le convoi. Le casque jusqu&#8217;aux yeux, il balaie mécaniquement du regard toute la vallée qui s&#8217;étend devant lui, jusqu’à ce que la neige qui lui claque au visage le force à redescendre pour demander une relève.</p>
<p class="MsoNormal"><span id="more-527"></span></p>
<p class="MsoNormal">Moi, j’ai encore dans la tête ces images de France, de grèves diffusées en boucle sur bfm tv, à la cantine. Bfm tv est l&#8217;une des rares chaînes que l&#8217;on capte ici au sommet des montagnes afghanes! La veille au soir, afin de fêter dignement leur dernier jour de mission en base avancée, certains avaient sorti du paquetage quelques conserves de magret de canard apportées à Noel pour un festin improvisé dans l’un des bunkers… Par chance, c’est le nôtre. Mon camarade de chambrée m’interpelle.  “<em>Alors toi qui vient de chez nous, dis-moi franchement… Qu’est ce qu’ils pensent de nous, de ça?”</em>“<em>Qui?”</em> “<em>Ben les Français. Ils nous soutiennent ou pas?</em>”</p>
<p class="MsoNormal">Difficile à dire finalement. Personne ne souhaite un retour au pouvoir des Talibans. Sauf qu’à part cette armée internationale, ces dizaine de Hummers flambant neufs que l&#8217;on achemine chaque semaine à Kaboul, on ne voit guère de diplomate, d’homme politique avisé pour tenir une stratégie et peut-être garantir un avenir quelconque à l&#8217;Afghanistan. Peut-on compter sur un gouvernement sans réelle autorité, un chef sans véritable charisme? Sur le terrain, ce sont les maleks ou chefs de village qui tiennent encore leurs communautés et c&#8217;est avec eux que les militaires s&#8217;entretiennent inlassablement. Certes quelques posters du commandant Massoud décorent les entrées de commerce ça et là dans le quartier des ambassades à Kaboul. N&#8217;est-ce pas aussi pour faire plaisir aux occidentaux qui gardent l&#8217;image d&#8217;un résistant démocrate éclairé. Les Afghans ont encore besoin d&#8217;un leader.</p>
<p class="MsoNormal">Pour Thomas, la présence des militaires ici est légitime.<a href="http://www.mediapart.fr/club/blog/jordan-pouille/030209/kaboul-la-rebelle-episode-04#mce_temp_url%23"> Il dit assumer sa mission à 300%</a>. Mais même s’il n’y a qu&#8217;eux, si Kaboul transpire la misère, si les enfants vendent des chewing gums à chaque feu rouge, les pieds nus dans la boue, il m’explique que sa présence empêchera quiconque d’interrompre un match de foot pour abattre une femme au milieu du terrain, une balle en pleine tête, devant un public médusé, terrifié. Les ripailles s’achèvent par des conversations plus chaleureuses, on charrie les copains restés à la gare Saint-Lazare “pour faire du vigie-pirate”. Chacun a son avis sur cet exercice un peu particulier dans la vie d&#8217;un soldat: un fardeau pour les uns, une manière de souder un groupe pour les autres.</p>
<p class="MsoNormal"><a href="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/02/dsc00269.jpg" rel="lightbox[527]"><img class="alignnone size-medium wp-image-528" title="Jordan Pouille 01" src="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/02/dsc00269-400x300.jpg" alt="" width="400" height="300" /></a></p>
<p class="MsoNormal"><a rel="attachment wp-att-529" href="http://jordanpouille.com/2009/02/kaboul-episode-04/dsc00236/"><img class="alignnone size-medium wp-image-529" title="Jordan Pouille 02" src="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/02/dsc00236-300x400.jpg" alt="" width="300" height="400" /></a></p>
<p class="MsoNormal"><a href="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/02/dsc00228.jpg" rel="lightbox[527]"><img class="alignnone size-medium wp-image-530" title="dsc00228" src="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/02/dsc00228-400x300.jpg" alt="" width="400" height="300" /></a></p>
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		<title>Kaboul la rebelle: épisode 03</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Feb 2009 15:11:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jordan</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Retour sur un reportage]]></category>

		<category><![CDATA[Site en construction]]></category>

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Mercredi. Nous rentrons à l’hôtel des images pleins la tête. Je repense à ces visages d&#8217;enfants meurtris, dont les plaies sont recouvertes de morceaux de feuilles de cahier d&#8217;écolier ou une potion violette à base de gentiane. Et de fait, j’y pense toute la soirée…Et si la place, la légitimité du bataillon français était aussi [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>
<p class="MsoNormal">Mercredi. Nous rentrons à l’hôtel des images pleins la tête. Je repense à ces visages d&#8217;enfants meurtris, dont les plaies sont recouvertes de morceaux de feuilles de cahier d&#8217;écolier ou une potion violette à base de gentiane. Et de fait, j’y pense toute la soirée…Et si la place, la légitimité du bataillon français était aussi ici?<span id="more-523"></span></p>
<p class="MsoNormal">Demain, lever à 5h du matin ; un gros détachement militaire est prévu à Tora, une base avancée particulièrement reculée… à une cinquantaine de kilomètres à l’Est de Kaboul.  C’est pour beaucoup le jour d’une rotation tant attendue. Ceux qui ont vécu les &#8220;évènements&#8221; du 18 août, qui ont vu leur copains mourir sous les balles ou à l’arme blanche , qui ont riposté tant bien que mal au cours de cette tragique embuscade, vont enfin pouvoir rentrer en France. Pour les remplacer, une cinquantaine de jeunes soldats fringuants et archi-motivés que nous avions rencontrés à l’aéroport Charles de Gaulle à notre départ. Certains sont Ch’tis comme moi, ils viennent de Lens, Douai, Roubaix et servent dans un régiment de Tarbes. Aujourd’hui, nous partons avec eux dans des vab, des camions surblindés avec deux rangées de cinq soldats à l&#8217;intérieur.</p>
<p class="MsoNormal"> </p>
<div id="attachment_522" class="wp-caption alignnone" style="width: 410px"><a href="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/02/dsc00205.jpg" rel="lightbox[523]"><img class="size-medium wp-image-522" title="Sur la route de Tora" src="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/02/dsc00205-400x300.jpg" alt="photo jordan pouille" width="400" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">photo jordan pouille</p></div>
<p> </p>
<p> </p>
<p class="MsoNormal">Il faut dire que la destination est redoutable. Pour s’y rendre, nous empruntons une longue route qui perce la montagne enneigée, borde des ravins abrupts en bas desquelles coule une rivière où sommeillent des carcasses rouillées de chars d’assaut soviétiques. Un livre d’histoire à ciel ouvert.</p>
<p class="MsoNormal">C’est ce passage truffé de nids de poules qu’a emprunté Ben Laden pour s’échapper, c’est aussi par cette route, via Jalalabad, que passent tous les trafics. C&#8217;est aussi le long de cette route que le risque d&#8217;i.e.d est le plus élevé. I.e.d pour Improvised Explosive device ou engin explosif improvisé&#8230;. une bombe artisanale tapie sous la terre. C&#8217;est la raison pour laquelle nous roulons le pied sur le plancher à chaque passage de pont. afin de limiter le risque.</p>
<p class="MsoNormal"> </p>
<p class="MsoNormal">Tora surplombe une vallée stratégique, où le sang a déjà beaucoup coulé. Déjà en 1984, 65 fantassins de l’armée rouge ont été massacrés. Aucun ne sera épargné. Plus tard, les soldats italiens se sont enfermés dans la base après avoir perdu 1 de leurs hommes au cours d’une simple reconnaissance. C’est donc là que le 18 aout dernier, 10 hommes périront lors d&#8217;une embuscade. En discutant avec les jeunes soldats sur place, autour d’une bière, je comprendrai à la fois pourquoi beaucoup veulent se battre et quel avenir réserve cette base stratégique aux soldats de l’armée française déployés en Afghanistan.</p>
<p class="MsoNormal">Cet après-midi, un entretien est prévu entre le sous-gouverneur de la province et le chef de corps, venu de Kaboul en hélicoptère. De cette conversation, rien ne sortira « Il s’agissait de régler quelques problèmes, d’harmoniser certaines de nos actions » me dira-t-il.</p>
<p class="MsoNormal"> </p>
<p class="MsoNormal">Nous arrivons donc à Sorobi (dites « Sourobi), lieu du rendez-vous. Le paysage est saisissant : des amandiers, un immense lac, des champs tout autour, des maisons de terre sur le flanc des montagnes et la grande maison du sous-gouverneur construite par les soldats italiens, tout comme la bibliothèque… presque aussi haute que le minaret de la mosquée toute proche.</p>
<p class="MsoNormal"> </p>
<p class="MsoNormal">Sur place, je rencontre Samir. Il a 23 ans mais en paraît 30 avec sa barbe.  Nous montons sur le toit de l’immeuble. Là haut, deux tireurs d’élite français sont déjà postés. Le paysage est saisissant. Je découvre, en discutant, que Samir est le neveu du sous-gouverneur. Un officier me racontera, sur le chemin du retour, que son oncle l’a envoyé ici parce qu’il devenait  « trop turbulant ». Et pourtant ici, il est en charge de sa sécurité. Samir me fait visiter cette maison fantôme, ce bâtiment officiel qui manque de tout et surtout de personnel. Le salon officiel, avec des tapis dans tous les recoins, lui sert de salle de sport pour exercer sa passion avec un des gardiens: le badminton. Le bureau du comptable lui sert de chambre, qu&#8217;il a décoré à son goût. Elle ressemble à celle d&#8217;un étudiant, désordonnée. Autour du téléviseur lcd, une playstation, un vieux lecteur de dvd et des magazines pakistanais avec quelques pin-ups. Des raquettes de badminton sont posées au pied du lit&#8230; à côté d’une Kalachnikov. « Tu veux la prendre » ? « Non, vas y toi ! ». Il s’assit sur son lit en rigolant et se saisit de son arme, chargée. « Tu sais, nous on aime bien les Français. On vous tuera en dernier » lance-t-il dans un éclat de rire. Je pose un genou par terre, je le prend en photo avec mon petit appareil. Un souvenir d’un instantané. Un moment où la surprise, la trouille, le rire  se mélangent à vive allure et donnent ça :</p>
<p class="MsoNormal"> </p>
<div id="attachment_521" class="wp-caption alignnone" style="width: 310px"><a href="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/02/dsc00261.jpg" rel="lightbox[523]"><img class="size-medium wp-image-521" title="Samir" src="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/02/dsc00261-300x400.jpg" alt="photo jordan pouille" width="300" height="400" /></a><p class="wp-caption-text">photo jordan pouille</p></div>
<p class="MsoNormal">Je demande à Samir si je peux emporter un poster en souvenir. Scotché à une vitre, l’un d’eux montre une famille afghane refusant par un grand « non » de la main de cultiver de la drogue, représenté par une fleur de pavot aux dents longues et baveuses. Nous sortons de la maison&#8230; le quartier est encerclé par les militaires mais l’atmosphère est calme: les enfants jouent dans la boue, réclament des stylos « Pen, pen pen ! ».</p>
<p class="MsoNormal"> </p>
<p class="MsoNormal">Sébastien, le photographe, réfléchit à plusieurs images, cherche la lumière de fin d’après-midi qui jaunit les murs, apporte de la chaleur aux visages. Nous allons bientôt repartir. Sur la route, une voiture que l&#8217;on soupçonne de transporter des explosifs dans le coffre bloquera notre détachement pendant une vingtaine de minutes. On me laisse juste sortir la tête de la trappe quelque secondes. Un paysage lunaire encore une fois, un attroupement au loin autour d’un petit pick-up Toyota. Fausse alerte. Le convoi reprend la route.</p>
<p class="MsoNormal"> </p>
<p class="MsoNormal">Ce soir, en rentrant à Tora, je discuterai avec quelques soldats ch&#8217;tis dans les dortoirs puis à l’ordinaire. Le repas, m’a t on dit, sera très copieux. C’est pour beaucoup le meilleur moment de la journée. L’entreprise turque qui gère actuellement le ravitaillement maitrise plutôt le sujet.</p>
<p class="MsoNormal">Nous dormons dans un bunker chauffé au groupe électrogène, qu&#8217;avaient bâti nos prédécesseurs italiens. Demain nous fairons connaissance avec le « Padre », aumonier du bataillon français, un homme pieux et dynamique dont nous collerons aux rangers jusqu&#8217;à notre départ : notre troisième sujet de reportage.</p>
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		<title>Kaboul la rebelle: épisode 02</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Jan 2009 10:09:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jordan</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Retour sur un reportage]]></category>

		<category><![CDATA[Site en construction]]></category>

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Mardi. Notre « mission » en Afghanistan débute aujourd’hui. Le rendez-vous au camp militaire Warehouse à la sortie de Kaboul est fixé à 7h avec un départ en convoi de l’armée pour 7h30.Appelé vingt minutes avant, notre taxi est à l’heure. Par sécurité, le chauffeur nous appelle à son arrivée devant le bunker qui nous sert d’hôtel. [...]]]></description>
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<p class="MsoNormal">Mardi. Notre « mission » en Afghanistan débute aujourd’hui. Le rendez-vous au camp militaire Warehouse à la sortie de Kaboul est fixé à 7h avec un départ en convoi de l’armée pour 7h30.Appelé vingt minutes avant, notre taxi est à l’heure. Par sécurité, le chauffeur nous appelle à son arrivée devant le bunker qui nous sert d’hôtel. En quittant la chambre, nous croisons une viande saoule qui sort du bar « Hi mate ! » Il a du s’en passer des belles cette nuit, dans ce bar sous-terrain de l’hôtel, infesté d&#8217;agents &#8221;<a href="http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jTLxTlezxHMaqsnJ3fWEuJKaFsVA">Blackwater</a>&#8221; et de prostituées caucasiennes. J’irai voir ce qui s’y trame ce soir, à notre retour.<span id="more-514"></span></p>
<p class="MsoNormal">Nous voilà prêts à sortir. Le jeune d’hier soir, celui du deuxième sas blindé, dont le pistolet automatique est aussi gros que l’appareil photo de mon complice, est encore là… sur le qui-vive. Le garçon est resté éveillé toute la nuit. Sa came à lui c’est le red-bull.</p>
<p class="MsoNormal">Le taxi est là, blanc comme la neige qui tombe lourdement ce matin. Je suis juste en face de la voiture,<span>  </span>à 1 mètre, il m’appelle à nouveau… c’est bien notre taxi. « Chez Afghan Logistics, on est jamais trop prudent », me dis-je. La route est boueuse ce matin. Le trafic est ralenti mais les contrôles sont<span>  </span>toujours aussi nombreux. Météo oblige, les policiers de Kaboul ont revêtu un manteau supplémentaire, parfois une couverture… On ne reconnaît plus leur uniforme. La Kalachnikov en bandoulière, il devient difficile de les distinguer d’un insurgé, d’un Taliban, d’un Pachtoune en manque de dollars, que sais-je encore.</p>
<p class="MsoNormal">Le taxi est surchauffé, le chauffeur a deviné que nous étions français. Il tripote son autoradio pour nous mettre RFI, histoire de détendre l’atmosphère. En France, à entendre le présentateur : c’est la crise, la crise, la crise. Au moins ici, c’est la guerre. <span> </span>Je papote en anglais avec le chauffeur. Il m’explique qu’il conduit la nuit, qu’il termine sa « journée » avec nous. Qu’il ira sans doute à la mosquée après, puis dodo puis muscu. A Kaboul, nous découvrirons plus tard que les loisirs sont quasi-inexistants… sauf les salles de musculation, omniprésentes.</p>
<p class="MsoNormal"><a href="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/01/dsc00526.jpg" rel="lightbox[514]"><img class="alignnone size-medium wp-image-517" title="dsc00526" src="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/01/dsc00526-400x300.jpg" alt="" width="400" height="300" /></a></p>
<p class="MsoNormal">A l’entrée du camps Warehouse, les checking sont longs, fastidieux. C’est le lot quotidien de tous les Afghans qui travaillent à l’intérieur comme serveur, agent d’entretien, interprète ou caissier. Le nombre de cases remplies par des téléphones portables déposés à l’entrée est le meilleur indicateur du nombre d’Afghans travaillant dans le camps, pour la coalition : 618 à 7h du matin. De toute manière, la présence de brouilleurs un peu partout dans le camps rendra mon téléphone inutilisable. Pas plus lors notre excursion dans les montagnes afghanes, où le réseau ne passe pas.</p>
<p class="MsoNormal">Acheminés par 4&#215;4 jusqu’au milieu du camps, nous partons à la rencontre de l’unité (c’est le jargon) prévue pour le détachement du jour. Derrière, un hangar abrite discrètement des blindés qui ont sérieusement « morflé »… à la suite d’un tir de mortier, la plupart du temps.<span>  </span>Ceux là ne font pas partie de la visite.</p>
<p class="MsoNormal">Juste le temps d’enfiler le gilet par balle, le casque et nous voilà engouffrés dans nos blindés légers, des hummers made in France en partance pour un petit village perdu dans la montagne afghane. Visiblement, des cas d’une maladie rare, moyenâgeuse, ont été détectés. (C’est le sujet d’un de nos reportages, je n’en dirai pas plus).<span>  </span>Avec deux médecins français, nous arriverons sur place presque à l’improviste. Les militaires préviennent rarement à l’avance de leur arrivée dans un village, pour ne pas qu’un insurgé soit au courant et leur réserve un comité d’accueil.</p>
<p class="MsoNormal">Ce qui est à 60 km peut semble être à une éternité. Il faut emprunter des chemins détournés et non balisés, traverser une rivière, le tout sous la neige. 6 véhicules blindés français se suivent. A l’intérieur, trois militaires et beaucoup de munitions. Sans surprise, le confort est spartiate. Deux places à l’avant, une énorme radio. Les emplacements prévus pour les famas, à chaque portière, sont tout sauf pratiques. Il faut se déboiter une épaule avant de pouvoir dégainer son arme par la seul sortie, le toit. En effet, de lourdes trappes sont prévues au dessus de chaque passager. Utiles pour pouvoir s’extirper du véhicule en cas d’alerte. Indispensables pour pouvoir garder la tête droite, tout simplement. Ces véhicules semblent avoir été dessinés pour des soldats chinois d’1m60…. Alors on laisse dépasser sa tête par les trappes ouvertes en permanence.</p>
<p class="MsoNormal">La neige est encore plus violente, épaisse et masque les traces laissées par le véhicule qui nous précéde. Au bout d’une heure, nous commençons à apercevoir quelques empilements de pierres, des chiens sauvages. Un militaire, le co-pilote, m’explique que les Afghans s’approprient un terrain en le délimitant par des murets.</p>
<p class="MsoNormal"><a href="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/01/dsc00515.jpg" rel="lightbox[514]"><img class="alignnone size-medium wp-image-515" title="dsc00515" src="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/01/dsc00515-400x300.jpg" alt="" width="400" height="300" /></a></p>
<p class="MsoNormal">Nous empruntons une piste que les soldats appellent le canyon tant elle est étroite, nichée entre deux falaises. De chaque côté des grottes. De grandes croix peintes à la bombe signifient qu’elles ont déjà été inspectées. Certaines de ces grottes ont abrité des caches d’armes, parfois vieilles, laissées à l’abandon après le retrait des troupes soviétiques.</p>
<p class="MsoNormal">Des pierres saillantes, pointées vers le ciel commencent à hérisser le paysage. Il s’agit en réalité d’un gigantesque cimetière construit à la va-vite après que les Talibans eurent décimé  les 2/3 de la population du village, Zemmah.</p>
<p class="MsoNormal">L’accueil des habitants est courtois. Le village est toujours délabré mais une école de ciment a depuis été construite, par un détachement italien. Parce que les enfants sont en grandes vacances actuellement, l’école servira aujourd’hui d’infirmerie pour. Peut être parque les médecins étaient des hommes, les femmes du village ne sont pas venues. 150 enfants et hommes font la queue, un visage ou des mains sanguinolants, rongés par la maladie. Comme tente de l’expliquer l’interprète aux habitants, les Français ne sont pas venus avec un traitement mais pour tenter de définir un diagnostic avant de réfléchir et d’organiser les soins. Si j’étais frappé hier par l’absence de couleurs à Kaboul, je suis ce midi bouleversé par les regards des enfants, paniqués, apeurés mais dignes. Des souffrances visibles mais des visages sans larme : 30 ans de guerre, ça forge un Afghan.</p>
<p class="MsoNormal"><a href="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/01/jor_01.jpg" rel="lightbox[514]"><img class="alignnone size-medium wp-image-516" title="jor_01" src="http://jordanpouille.com/wp-content/uploads/2009/01/jor_01-400x266.jpg" alt="" width="400" height="266" /></a></p>
<p><!--EndFragment--></p>
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